Volatilité des prix, baisse des aides, aléas climatiques … En pleine mutation, l’agriculture doit également faire face à la révolution numérique qui bouleverse l’écosystème agricole en offrant désormais de multitudes de biens et de services en quelques clics simplement, rapidement et en toute transparence.
 Le monde agricole s’est structuré autour du « faire ensemble » à travers de nombreuses organisations professionnelles agricoles qui dans ce contexte se posent, légitimement, la question de leur place et leur devenir.
C’est pourquoi, cette semaine, nous sommes allés à la rencontre de Thierry Dupont, Président de la coopérative Agora mais avant tout agriculteur dans l’Oise. Il nous explique comment la coopérative a pris conscience de son rôle dans l’accompagnement des agriculteurs au changement de modèle économique.

 

En début d’année 2017, vous êtes devenus partenaire de WeFarmUp, qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette collaboration ?

Nous avons découvert WeFarmUp en février 2016, 4 points ont particulièrement retenu notre attention :
    • Offrir un nouveau service à nos adhérents
Dans ce contexte de mutation, la rupture amenée par le numérique chamboule nos fonctionnements traditionnels. Travailler avec WeFarmUp représentait pour nous un moyen de redynamiser notre présence sur le terrain en amenant une autre relation, une relation de service entre la coopérative et les adhérents.
    • Répondre aux enjeux de compétitivité des exploitations
Ce qui nous a plu, c’est le concept, la façon de faire innovante à travers le partage du matériel agricole qui existe depuis de nombreuses années et qui est désormais facilité par le numérique.  Selon nous, la compétitivité des entreprises agricoles passera nécessairement par une amélioration des coûts de production et donc des coûts du matériel.
    • Opérer le virage numérique
Cela représentait aussi un moyen de rajeunir, de moderniser l’image de coopérative en s’intéressant à un dossier « du moment » qui n’était pas dans notre champ d’action et donc pas en concurrence avec nos schémas de distribution traditionnels. Le sociétariat de la coopérative est en train de se rajeunir et il manie quotidiennement les outils informatiques. S’intéresser au dossier WeFarmUp nous permettait de mettre un pied dans ce virage numérique.
    • Adopter un esprit start-up : adaptation, réactivité, prise de risques
Les start-ups telles que WeFarmUp ont des fonctionnements qui sont spécifiques avec une très grande réactivité. Rentrer dans l’aventure WeFarmUp nous offre une opportunité de comprendre ce qui se passe à l’intérieur et nous pousse, nous, acteurs traditionnels, à nous remettre en capacité de prendre des risques !

Pour vous, il y a une nécessité de changement de modèle, comment expliquez-vous cela ?

 Je pense que nous avons atteint les limites d’un certain modèle agricole. D’abord concernant les modes productions : résistance de mauvaises herbes sur certaines cultures, suppression de certaines matières actives …Mais également du point de vue économique : volatilité des prix, une PAC qui ne donnera pas de moyens supplémentaires …
Aujourd’hui, il faut que les exploitations soient plus résilientes et en capacité d’affronter des crises de natures diverses : économique, sanitaire, climatique … Cette notion est primordiale.
Pour cela, il faut sortir de cette vision patrimoniale, de cet attachement à la « ferraille ». C’est pareil pour la fiscalité, investir pour défiscaliser n’est pas une finalité. Il faut désormais rentrer dans une logique de performance économique, de rentabilité et de résilience afin de mieux résister aux aléas.

Quelle est donc la place des organisations traditionnelles telles que les coopératives dans ce contexte ?

Je crois que je ne connais pas d’autre métier que le métier d’agriculteur qui nécessite autant de compétences. Il faut être comptable, financier, gestionnaire, électricien, mécanicien, chauffeur tracteur, RH, RSE … c’est impossible d’avoir toutes ces compétences et il faudrait être bon et être performant sur tout !
Notre rôle en tant que coopérative est d’accompagner les agriculteurs dans ces différentes compétences sachant que les attentes d’un agriculteur à l’autre sont différentes. Cela va nécessiter une évolution de notre organisation terrain, de notre relation avec les agriculteurs.
Il faut désormais aller sur des notions de services, d’accompagnement global plus que sur de la vente pure et simple de produits. C’est là le gros challenge !
Le fonctionnement des start-ups telles que WeFarmUp nous pousse à revoir nos modes de fonctionnement, à être très réactif, à oser, à prendre des risques.

Comment allez-vous vous adapter pour répondre à ces nouveaux enjeux ?

Nous devons trouver un équilibre entre un système que se modernise, tout en maintenant du lien avec nos adhérents et en trouvant un business modèle qui permette à la coopérative de créer de la valeur pour continuer à exister demain tout cela dans le respect des valeurs coopératives.
Pour moi, la coopérative reste l’un des premiers outils de gestion du risque parce qu’elle permet de mutualiser les moyens tout en valorisant les productions. Conserver cette mission dans le respect des valeurs coopératives et de proximité est essentiel.
Mais il faut également accepter que le monde agricole est en train de changer et que nous devons nous adapter. S’adapter nécessite d’oser aller vers la nouveauté, se remettre à prendre des risques, car si nous n’essayons pas, nous ne pourrons pas savoir si ça marchera !